An Nina scénariste chez Zebra Comics: « Les femmes ne peuvent plus rester dans l’ombre »

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle An NiNa, jeune camerounaise âgée de … Une dame ne dit jamais son âge ! (Rires) Mon papa est originaire du Mbam et Inoubou, Centre ; donc je suis Banen. Je suis en fin de formation à l’Ecole supérieure des traducteurs et interprètes, ASTI Buéa, d’où j’obtiendrai, très bientôt, un Masters in Translation.

Comment arrivez-vous dans le monde de la bande dessinée ? Comment arrivez-vous chez Zebra Comics ?

Un heureux hasard ! J’ai été contacté par un ami qui avait lu et apprécié un extrait de mon travail, un recueil d’histoires courtes que j’ai co-écrit avec Njoka Marvin (A Dame for Three and Other Tales). Il nous a demandé si ça nous dirait de rédiger des scénarios de BD. C’était nouveau et j’aime bien relever certains défis, alors je me suis dit « Pourquoi pas ? »

Et voilà, je lui ait remis un synopsis, puis le scénario des toutes premières pages d’Aliya et il a été séduit. C’est ainsi que j’intègre l’équipe de Nathanaël Ejob, aujourd’hui connu sous l’étiquette Zebra Comics Inc. (Merci Marvin !) Je précise que nous étions là en fin 2015.

En tant qu’auteur, vous avez forcément un avis sur l’état du secteur de la bande dessinée au Cameroun.Pouvez-vous nous le donner au sujet de sa structuration, des acteurs et des perspectives ?

Je vais vous surprendre. Avant d’intégrer l’équipe Zebra Comics, je ne savais pas grand-chose sur le neuvième art camerounais, je l’avoue. Cependant, j’admets qu’à l’heure actuelle, il ne fait pas fière allure. Permettez que j’utilise cette plateforme pour féliciter le Comité Mboa BD qui s’efforce de maintenir la flamme de ce secteur au Cameroun. Toutefois, je demanderai aux « créateurs », entendez ici les écrivains de scénarios et les dessinateurs, de sortir de leur torpeur. La Bande dessinée est à dessein ludique et éducatif. Elle évolue avec son temps au vu des besoins d’une société, des objectifs que se fixent les créateurs, et enfin mais pas des moindre, des désirs du public auquel elle est destinée. Il est bien vrai que la lecture ne vit pas ses meilleurs jours au Cameroun depuis …mais, je reste optimiste sur le fait que si servi du contenu actualisé et adapté à son environnement, le public se ferait moins ronchon. Je demanderai, néanmoins, à nos jeunes et même à nos parents, de valoriser un peu plus les efforts que nous faisons tous et de nous consommer, nous critiquer.

Aliya est-il votre premier projet en tant qu’auteur ? Comment en arrive-t-on là ? Sinon, avez-vous travaillé sur d’autres projets ? Lesquels ?

Aliya est mon baptême de feu pour ce qui est de la BD. Toutefois, tel que mentionné avant, j’ai co-écrit un recueil d’histoires courtes avec Njoka Marvin. J’ai commencé d’autres projets (romans), maintenant suspendus car je consacre un peu plus de temps à des projets personnels.

Quelle est la division du travail pour la production d’une bande dessinée comme Aliya ? (qui fait quoi ?)

Alors…

Scénario : An NiNa

Storyboard/Scénarimage : Mukah Ispahani / E.N. Ejob

Crayons : Mukah Ispahani / E.N. Ejob

Couleurs : E.N. Ejob

Lettrage : E.N. Ejob

Traduction : Njoka Marvin / An NiNa

Révision : Agogho Franklin / Njoka Marvin / An NiNa

Mise en forme : E.N. Ejob

Graphisme : E.N. Ejob / Editions Akoma Mba

Edition : Editions Akoma Mba

Aliya est une bande dessinée certes, mais n’y décèle-t-on pas de l’afro futurisme façon black panther ? Est-ce une convergence assumée ou l’expression d’une autre vision ?

Je tiens à redire ici, qu’Aliya a été conçue bien avant le film Black Panther ou l’apparition du personnage sur grand écran. De l’afro futurisme ? Non. C’est plutôt la représentation d’une Afrique qu’on ignore. Certains lieux dans la BD existent tels quels. L’idée répandue selon laquelle l’Afrique est un continent qui peine encore à se sortir de la « misère » (Quelle misère même ? c’est un concept relatif). La réalité est toute autre. Regardez autour de nous, nous avons des structures, des personnes, des œuvres et des ouvrages qui disent à quel point notre cher et beau continent est bien loin de l’impression péjorative qu’on lui attribue trop souvent, et à tort. Je ne dis pas que tout est parfait, il y a encore trop de fléaux à éradiquer, trop de problèmes et de crises à résoudre, mais loin d’un fantasme, l’Afrique dans Aliya est réelle et actuelle.

Aliya, bande dessinée afroféministe ou Lara Croft blackpanthérisée ? Quelles sont vos influences ?

Vous aimez bien Black Panther, à ce que je vois (rires). Je penche pour l’afroféminisme. Le féminisme est un sujet à l’ordre du jour. Les femmes ne peuvent plus rester dans l’ombre en s’effaçant des devants de scènes où elles doivent être vues. Il faut arrêter les discours et agir. On a beau dire ô combien la femme est respectée et valorisée, cela n’empêche que la femme « trop ambitieuse », « trop éduquée », « trop indépendante » ou « trop sûre d’elle » est encore vue sous un mauvais œil par nos communautés africaines car elle « intimide », elle « fait peur aux hommes », et elle est « insoumise ». à mon avis, une femme confiante, indépendante, ambitieuse, éduquée et épanouie.

Une suite s’impose à l’histoire du premier album. Quelle sera la fréquence des parutions ?

Nous espérons effectuer des parutions trimestrielles. Cependant, tout dépend d’un certain nombre de paramètres que je ne peux dévoiler.

Le discours sur l’Afrique positive émis par l’équipe Zebra Comics est certes enjôleur, mais n’est ce pas une utopie dans un Cameroun qui peine à maintenir la BD à flot ?

Le discours ne sera utopique que si l’on l’apprécie d’un point de vue défaitiste. Les réalités du Mboa sont certes déprimantes, mais jeter l’éponge avant d’avoir au moins essayé serait un suicide convenu. C’est dur, je l’admets, mais « impossible n’est pas camerounais ».