La BD kmer

La bande dessinée au Cameroun

Pionnier du neuvième art en Afrique, le Cameroun comptait déjà dans les années 70 de nombreuses BD publiées dans les journaux locaux. Le dynamisme du milieu de la presse a longtemps été un catalyseur pour la BD, « les aventures de Sam Monfong », l’intrépide policier de Thomas Durand Kiti ont fait la fierté de plusieurs générations de lecteurs. Outre les publications locales, les lecteurs ont accès à des publications telles que: Kouakou, Akim, Zembla, Blek le Roc, Rodéo. Ces BD sont très souvent vendues à la « librairie du poteau » où adultes, adolescents et jeune public peuvent échanger les numéros successifs moyennant des sommes modiques. Ce système a continué même pendant la crise économique des années 90, mais peu à peu les librairies disparaissent, les maisons d’édition peinent à trouver des subventions, les difficultés rencontrées par le livre sont tributaires d’une filière qui commençait à trouver ses marques.

  • Les associations et collectifs d’auteurs

Association Trait Noir

Face à l’absence d’édition, la disparition de la BD dans la presse généraliste, les auteurs camerounais se constituent en association et collectif pour auto-publier leurs œuvres et promouvoir leur profession.

Le Collectif A3, à la sortie du premier numéro de Bitchakala en 2010

  • Les auteurs

Les auteurs de BD au Cameroun sont rarement auteur à temps plein, ils doivent cumulés des emplois en tant que enseignant, graphiste, dessinateur de presse pour pouvoir vivre de leur passion.

Le milieu de la BD reste majoritairement masculin, une tendance qui change de plus en plus. Des auteures telles que Joelle Esso, Elyon’s ou Reine Dibussi font aujourd’hui la fierté du neuvième art au Cameroun, des modèles qui poussent les plus jeunes à se lancer dans une profession jadis exercée essentiellement par les hommes.

FIBDA 2010, rencontre en Pahé (Gabon), Joelle Esso (Cameroun), Elyon’s (Cameroun)

Douala et Yaoundé de par leur histoire et situation économique sont les principales villes de résidence des auteurs camerounais. Yaoundé possède la plus forte communauté, ceci s’explique par la création durant la réforme universitaire des années 90 d’une filière « arts plastiques et histoire de l’art » à l’université de Yaoundé. L’Institut de Formation Artistique de Mbalmayo est également un creuset important de dessinateurs, qui majoritairement s’installent à Yaoundé dans un premier temps. La création des instituts des beaux arts de Foumban et Nkongsamba par le gouvernement permet le développement des nouveaux pôles.

Durant les années 80 et 90, de nombreux auteurs pour pouvoir vivre de leur travail ont dû s’exiler. La précarité du métier n’est pas la seule explication, de nombreux journaux de l’époque ont été fermé, des dessinateurs parfois emprisonné pour leur prise de position.

Répartition des auteurs par ville de résidence

La majorité des auteurs camerounais sont à la fois dessinateur et scénariste, ce qui leur garantit une autonomie dans le processus créatif. Cette tendance disparaît de façon générale dans le monde, où les artistes se spécialisent afin de garantir une bonne qualité de production. Les scénaristes professionnels sont rares dans la BD camerounaise, ce qui contraste avec la richesse graphique reconnue de nos auteurs.

  • La production

Les premières véritables production de bande dessinée au Cameroun datent de 1970 avec des auteurs tels que Thomas Durand Kiti, son personnage « Sam Monfong » l’intrépide policier est un succès national à l’époque. Le développement de la presse locale favorise l’émergence de nombreux dessinateurs et leur garanti des emplois. La Gazette , Cameroon Tribune et plus tard Le Messager et L’Expression vont offrir aux dessinateurs des tribunes pour développer leurs histoires.  Les décennies 70 et 80 vont servir de laboratoire au milieu, outre les publications dans les journaux, quelques albums sont publiés. L’éditeur CEPER publie plusieurs éditions de « l’histoire des lions des indomptables » de Mbassa Nyam, l’humoriste Dave K. Moktoi sort une version BD de son spectacle à succès « l’homme bien de là-bas ». Du côté du public, la bande dessinée occupe une place de choix dans les habitudes de consommation sans réelle différence entre production locale et internationale. Le magazine « Kouakou » devient une référence pour plusieurs générations, tandis que les « librairies du poteau » distribue aux quatre coins du pays : Zembla, Akim, Blec le roc ou Rodéo. La crise économique de 90, l’arrêt des subventions au livre vont porter un coup dur à une filière en plein développement. Il faudra attendre le début des années 2000 pour revoir des productions sporadiques, notamment portées par des collectifs d’auteurs ayant l’ambition de structurer et professionnaliser leur métier.


La bande dessinée a surtout été utilisée au Cameroun comme outil de sensibilisation pour la lutte contre le SIDA, l’environnement ou le leadership jeunes. Quelques maisons d’édition ont fait le pari d’accompagner des auteurs dans un environnement précaire sans subvention ni véritable réseau de distribution.

Akoma Mba publie entre 2003 et 2006, cinq bandes dessinées parmi lesquelles : Essingan (magazine), Shégué (Album collectif). Une révolution dans le milieu qui augure de bons lendemains pour les afiocionados.

Collectif Shégué, édité par Akoma Mba. 2003

A la même époque, le CASS de Nkolndongo finance la série « Les Cop’s » de Georges Pondy et Ntep Kelly, tandis que ACMS lance la série « Antou » dans le magazine 100% jeunes avec comme dessinateur Almo the best. Pour soutenir le mouvement de la BD, le Centre Culturel Français de Douala a soutenu plusieurs publication de l’association « Traits Noirs », permettant aux auteurs de gagner en visibilité.