Neuvième édition du MboaBD Festival, le bilan.

Pendant deux semaines, les villes de Douala et Yaoundé ont célébré le neuvième art autour du multiculturalisme. La fête terminée, il est temps de faire les comptes mais avant cela, voici le récapitulatif.

Du mercredi 24 novembre, au samedi 1er décembre 2018 la neuvième édition du festival international de la BD du Cameroun a illuminé tous les visiteurs dans les deux villes capitales du pays. Une fois de plus, le public et les auteurs auront répondu présent pour célébrer le neuvième art dans « les règles de l’art ».

Il faut dire que cette année, le menu aura été au goût de tout un chacun. Ateliers, master class, expositions, débats, tables rondes, concours, descente en milieu scolaire, concerts etc. Une programmation riche et détaillée qui aura permis au plus inculte des néophytes de sortir de ce festival le cerveau rempli de connaissances et de données sur l’art graphique et les métiers de l’image.

Activités sur activités

4 jours par ville, 10 heures par jour, 53 activités en tout. Au festival MboaBD, chacun trouvait son compte. Que vous veniez pour découvrir, apprendre ou expérimenter, il y’avait une activité pour chaque visiteur. Difficile parfois de faire un choix. À Douala comme à Yaoundé, le public aura profité de l’expérience des auteurs tels que Al’Mata, Didier Pasamonik, Annick Kamgang ou encore Adjim Danngar. Apprendre le dessin de presse avec Jean Philippe Stassen, découvrir la mise en couleur sur Krita avec Cédric Minlo ou encore raconter une histoire illustrée avec l’Afrique écrit. Les places manquaient dans les salles de spectacle de l’Institut Français du Cameroun pour contenir le public venu en masse pour apprendre et profiter.

Ajouter à cela des séances de dédicaces et des expositions au quotidien. Pendant les 4 jours de festivités à Yaoundé, les murs du hall de l’Institut Français du Cameroun et ceux de la Galerie Nationale de Yaoundé ont servi de support d’exposition pour les planches de bandes dessinées retenues dans la sélection officielle. Un spectacle coloré et dessiné ouvert au public, qui servait tantôt de décor pour une photo, tantôt de lieu d’émerveillement pour les yeux et l’esprit.

Quand les festivaliers n’étaient pas dans une des salles d’activités ou sur la scène de spectacle, ils faisaient la tournée des établissements scolaires pour rencontrer et partager avec les jeunes dessinateurs et passionnés des écoles et lycées. Dominique Savio et la Libre Académie des Beaux-Arts visités par Annick Kamgang, Cédric Minlo et Bibi Benzo à Douala. Tandis qu’à Yaoundé, Les collèges Vogt, la Retraite, Fustel de Coulanges et le Lycée de Ngoa Ekelle ont offert un espace d’échange entre Georges Pondy, Adjim Danngar, Cédric Minlo et leurs élèves des clubs d’art plastique et d’art graphique.

Si vous étiez passés devant la pharmacie du lac municipale de Yaoundé entre le 28  novembre et le 1er décembre dernier, vous auriez certainement remarqué de bruyantes et entrainantes sonorités rock provenant de la Galérie Nationale d’art contemporain de Yaoundé. Et les raisons de cela n’étaient autre que le concert live du groupe Isabella et le concert dessiné illustré par le talentueux Georges Pondy. Deux des activités qui ont fait bouger le public autant qu’elles l’ont illuminées. Un artiste de musique sur la scène, un dessinateur sur son ordinateur, le mélange des deux disciplines pour une œuvre d’art unique. A douala comme à Yaoundé, le concert dessiné a marqué les esprits. Cédric Minlo mixa ses talents avec Skriim, tandis que Georges Pondy se laissait inspirer d’abord par les vers de Sadrak, ensuite par les percussions et les vibrations électriques du groupe Isabella. Un instant magique où deux arts s’unissent pour donner naissance à un produit culturel unique.

Des invités de marque

De Didier Pasamonik à Annick Kamgang, le MboaBD2018 aura été cette année le carrefour de plusieurs acteurs internationaux autours des métiers de l’art graphique. Jean Philippe Stassen auteur belge et son œuvre « Deo Gracias », Annick Kamgang dessinatrice franco-camerounaise qui présentait sa bd portrait sur le mouvement LUCHA au Congo, Al’Mata auteur congolais qui dépeint le thème de l’intégration dans son livre en sélection officiel « Les tribulations d’Alphonse Madiba » et Adjim Danngar, dessinateur de presse tchadien présent avec sa bd « Mamie Denis ». Pour les accueillir, des auteurs camerounais de renom tels que George Pondy, Darius Dada, Cédric Minlo, Hugues Bertrand Biboum et son dernier roman à succès « Djo’o Bar » Black Trek le collectif de mangakas (dessinateur de mangas) camerounais, Zebra Comics et leur trois bd phares, 3ag mag ou encore le groupe Japanimes etc.

 

 

Une sélection officielle de grande classe

Que serait un festival de bande dessinée sans bande dessinée ? Un concert sans instruments de musique.

Cette année, le comité d’organisation n’aura pas lésiné sur les moyens pour se garantir la présence de quelques meilleurs albums de bandes dessinées du Cameroun, d’Afrique et du monde.

« Androïd Night » de Cédric Minlo et Darius Dada ; « Tumbu », « Aliya » et « Totem »  du collectif Zebra Comics édité chez Akoma Mba ; « CATY » et « OUPS » de Georges Pondy, « Sommets d’Afrique », « L’envers des nuages », « I Comb Jesus » etc. Muni de quelques pièces de monnaie, vous auriez eu l’occasion au festival MboaBD, de retourner chez vous avec une édition dédicacée de « Djo’o Bar » par Hugues Bertrand Biboum ; « Androïd Night » par Cédric Minlo et Darius Dada ; « LUCHA : Chronique d’une révolution sans armes au Congo », la bande dessinée engagée d’Annick Kamgang. Ou encore, « Mamie Denis » l’hilarante aventure d’Adjim Danngar et « Les Tribulations d’Alphonse Madiba dit Daudet » signé par Al’Mata aux éditions L’harmattan.

Un cosplay épique

Un des évènements désormais emblématique du festival MboaBD, le concours de cosplay, a certainement atteint son niveau le plus élevé cette année.

Voici le principe : vous choisissez votre personnage de dessin animé, jeux-vidéo, manga ou série préférée ; vous essayez de reproduire le plus fidèlement possible sa tenue et ses apparences, et vous effectuez lors d’une prestation, une série de mouvements qui correspond au personnage représenté.

Cette année en particulier, le manga Naruto était à l’honneur. Les personnages Naruto, Zabuza, Orochimaru, Minato, Shino, Killer-Bee. Toute une délégation directement sortie du célèbre manga japonais, incarnée par de jeunes camerounais passionnés, costumes et accessoires fidèlement reproduits. A côté d’eux, des cosplay encore plus impressionnants. Matsumoto du manga Bleach, Kida du dessin animé Atlantide, Nadia du manga Nadia le secret de l’eau bleue, Katsuki Bakugo de My Hero Academia, Zorro du très célèbre manga One Piece, Chun-Li du jeux-vidéo Street-fighter et Kora du dessin animé Avatar.

La compétition n’aura été pour ainsi dire, pas facile du tout. Avec plus de deux cent mille francs de lots à gagner, les cosplayeurs se sont affrontés avec passion pour la première place. Rendant la fête encore plus belle ; performants au rythme des musiques thèmes de leurs personnages, rendant la foule hystérique. A Douala, Asuma l’emporte par la fidélité de sa représentation et ses performances scénique. Matsumoto quant à elle aura transpercé le cœur du publique et du jury de Yaoundé avec son sabre katana et son kimono noir de shinigami.

 

La foire aux projets, le marché des talents

En 2017, Zebra Comics fait son apparition pendant la foire aux projets du festival MboaBD et présente trois projet à savoir : Tumbu, Aliya et Totem aujourd’hui éditées chez Akoma Mba et vendues sur la plateforme numérique waandacomics.com. Ces bandes dessinées seraient restés en l’état de projet sans leur passage à la foire aux projets du festival.

Véritable aubaine pour les dessinateurs et niche de talent pour les éditeurs, la foire au projet du MboaBD a mis en avant cette année, le talent de jeune tel que Michel Banda Arnold, Landry Chedjou et des projets présentés par BlackTrek, Zebra Comics, l’Afrique écrit ou encore 3ag édition.

Au final, plus de 10 projets ont été présentés parmi lesquels, une multitude de projets variés allant de la bande dessinée au conte pour enfant passant par la création de jeux-vidéos, de site web et d’application androïd destinées à l’édition, la lecture et le partage de production artistique.

Au cœur du multiculturalisme

Plusieurs conférences, débats et tables rondes ont rythmé les discussions autour du thème de cette neuvième édition. Animées par les auteurs invités, les conférences auront servi de moyen d’échange pour comprendre et envisager des solutions quant à la situation de l’artiste dans le milieu de l’art graphique. Instruments de liaison entre les cultures, acteurs du vivre ensemble et créateurs devant vivre de son art, les artistes ont argumenté autours des défis qu’ils ont à relever aujourd’hui et demain. Des problématiques et thématiques qui relèvent de la condition des dessinateurs aujourd’hui. Comment peuvent-ils agir ensemble pour favoriser l’insertion culturelle et le partage à la fois dans leur pays et dans le monde. Mais aussi, ces conférences ont permis de revisiter la situation des dessinateurs camerounais. Les réalités de leur travail et les difficultés qu’ils rencontrent pour vivre de cela.

 

Le festival #MboaBD2018 s’est achevé dans la joie et la bonne humeur sous les acclamations du public présent en masse et les félicitations des représentants du consulat de Belgique et de la directrice de l’Institut Français du Cameroun. Dans une salle de spectacle pleine à craquer, le délégué du festival Yannick Debou Sikoué clôture cette neuvième édition après le discours de remerciement du président Hervé Noutchaya et tous se donnent rendez-vous en 2019 pour une dixième édition on l’espère, encore plus grandiose.

 

H.C.T